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Cette semaine, une nouvelle fois, une phrase de Celle de X.

Fin du NaNoWriMo oblige, et parce que je ne voyais pas l’intérêt de rallonger la sauce pour perdre le punch, j’ai court. J’espère que cette histoire vous plaira quand même !


— Et tu sais qu’il y en a deux ?!

Bregmanh avait posé la question en se doutant de la réponse, mais mieux valait mettre les choses au clair tout de suite.

— Évidemment que je le sais. Pourquoi tu crois que je t’ai proposé de venir ?

Ark’thuim ne voulait pas y aller tout seul. C’était le genre d’aventures inconnues qu’il préférait affronter avec un bon ami.

— Et tu crois que ça va suffire ?

— Évidemment ! Nous sommes les meilleurs.

Bregmanh fronça les sourcils. Il sentait bien que son compagnon de toujours allait lui ressortir les nombreux exploits qu’ils avaient réalisés ensemble les dix dernières années.

— La bataille des Khre’ich. Nous deux contre au moins dix milles orcs en furie.

— Ils étaient cinq cents, tout au plus, rectifia Bregmanh

— Mais nous n’étions que deux et nous avons réussi à les vaincre jusqu’au dernier pour nous emparer de la couronne de Nanhtuam, le roi Serpent.

— C’était pas simple, c’est sûr, mais c’était quand même pas insurmontable, non plus.

— L’ascension du mont Albra’Org. Les neiges éternelles, leurs tigres géants à dents de sabre, leurs insurmontables golems de glaces et leurs esprits du vent, qui rendent fous quiconque s’approche du sommet.

Bregmanh sourit en y repensant.

— Oui, les esprits du vent. Ils avaient failli t’avoir. Heureusement qu’on était partis avec de la cire enchantée des fées abeilles. Si je ne m’en étais pas mis dans les oreilles, nous aurions péri là-haut, en nous jetant dans un précipice.

— Et grâce à toi, nous avons pu atteindre le trône du grand Miurn’Dwa. Son sceptre a fait notre renommée.

Bregmanh se gratta la tête. Il ne se souvenait même plus de ce qu’il avait fait de tout l’or qu’il avait récupéré après cette expédition.

— Je peux continuer encore longtemps comme ça, mais tu connais toutes nous aventures aussi bien que moi.

Ark’thuim, le guerrier légendaire termina sa chope de cervoise de mauvaise qualité. Lui non plus n’avait plus beaucoup d’or et malgré sa renommée, il n’arrivait plus à trouver de mission qui lui rapportât suffisamment. Il était tellement désespéré qu’il se faisait parfois payer pour venir assister à des soirées chez certains nobles. Il y racontait ses exploits, surjouant parfois les combats terribles auxquels il avait participé, amusant la galerie. C’était loin d’être aussi glorieux que partir en campagne contre une armée de bagouls frileux ou de réussir à dérober la lance des sept esprits au nez et à la barbe d’un dragon aux écailles purulentes, mais au moins, cela lui permettait de manger et boire comme il le voulait.

— Tu sais vraiment dans quoi tu t’engages ? tenta de confirmer Bregmanh.

Son ami fit une moue indécise. Évidemment qu’il ne le savait pas. C’était la première fois qu’il tentait ce défi. Mais était-ce simplement un défi ?

Bregmanh avait rencontré Ark’thuim lors d’une quête de bas niveau. Dans le donjon des Elthérides. Ils étaient jeunes à l’époque, dix-neuf ans à peine. Chacun était parti seul, plein de la confiance intarissable de la jeunesse, prêt à gagner expérience, réputation et richesse. Ils s’étaient croisés rapidement, se dédaignant l’un l’autre, méfiant de cet autre qui ne recherchait qu’à prendre le butin pour lui tout seul. Au bout de la troisième fois à le rencontrer, Ark’thuim avait essayé de poser des petits pièges contre Bregmanh, rien de bien méchant, mais suffisamment embêtant pour le ralentir dans sa progression. Mais, malgré sa carrure de barbare simérien, Bregmanh était malin. Il était rapidement venu à bout des embuches d’Ark’thuim et heureusement pour ce dernier. Bregmanh était arrivé à temps pour sauver son rival d’une mort certaine face à une énigme. Ark’thuim était plus musclé qu’intelligent. Heureusement pour lui, c’était un beau parleur et il avait réussi à convaincre son concurrent direct de l’aider. Bregmanh avait réussi à négocier soixante-dix pourcent du butin. Ark’thuim, dans une position vraiment désagréable (en grand écart au-dessus d’un champ de pics acérés cinq cordées plus bas), aurait été prêt à léguer cent pourcent du butin et même à payer Bregmanh pour qu’il le sauve d’une mort certaine. Ce sauvetage avait été le point de départ d’une longue amitié qui avait vu un nombre de sauvetages de l’un des amis par l’autre et inversement. Cela leur était arrivé tant de fois qu’ils avaient fini par ne plus tenir le compte.

Le seul qui le faisait encore était Guil, le tavernier du Grnüt Ronflant à Mulborrohg, la cité où les deux compagnons vivaient et cherchaient leurs quêtes. Lui comptait encore pour le plaisir parce que la tradition voulait qu’on offre à boire à son sauveur. Et à chaque retour de ces deux aventuriers, ils buvaient tous les coups qu’ils se devaient.

Malheureusement, même Guil commençait à perdre le compte. Cela faisait au moins quatre mois que les deux amis et équipiers n’étaient pas partis en quête d’objets fabuleux ou de créature démoniaque. Il fallait dire qu’avec tout ce qu’ils avaient tué et récupéré dans le pays, il ne restait plus grand-chose : les quêtes les plus ardues, celles qui n’étaient que des légendes et les plus lointaines. Et pour les quelques qui restaient tout près, les aventuriers qui s’y lançaient ne voulaient surtout pas demander de l’aide à des professionnels comme Ark’thuim et Bregmanh. Ils étaient trop chers et trop forts, personne n’aurait eu le temps d’attaquer les monstres, même les plus faibles, ni d’ouvrir quelque coffre, que les deux héros auraient déjà atteint leur but et récupéré l’objet de leur quête.

Leur renommée était un frein à leur embauche et ils commençaient à s’ennuyer autant qu’à manquer de liquidité.

— Pourquoi ne pas aller nous occuper des Gorgones des Crevasses Méphitiques, plutôt ? proposa Bregmanh.

Le coude sur la table, la joue écrasée contre sa main, Ark’thuim soupira.

— On ne sait même pas si leur Cœur d’Ambre s’y trouve et encore moins s’il a une réelle valeur magique. Sans compter que c’est à plus de trois semaines de voyage.

— Ouais, et en cette saison, ça va vraiment pas être agréable, ajouta Bregmanh. Et si allions en Terre de Paro-Paru ? Il y fait bon à cette époque de l’année et les trésors de la princesse Maoatiki n’ont jamais été découverts.

— C’est sûr qu’on y serait bien, mais ça n’est pas possible…

— Pourquoi donc ?

— Je me suis déjà engagé pour le boulot.

— Quoi ?

Bregmanh fronça les sourcils. Il avait l’impression que son ami de longue date lui tordait le bras.

— Allez ! C’est super bien payé et ça ne durera qu’une après-midi, même pas. Et comme, il y en a deux, j’ai demandé le tarif double voir un peu plus.

— Nous n’avons jamais fait ça. Tu crois que nous serons à la hauteur ?

— Il n’y aura aucun problème. Normalement… Je veux dire, on ne risque pas notre vie, au moins, et il y aura à manger.

— Oui, mais notre réputation… c’est presque la seule chose qu’il nous reste à présent.

— La famille Mil’héril est riche et prestigieuse. Si ça se passe bien, nous aurons d’autres boulots comme ça.

Bregmanh avait besoin d’argent, mais il avait l’impression de se rabaisser. Il s’emporta :

— Mais tu as envie d’en faire plus, toi ? C’est comme ça que tu la vois ta vie d’aventurier ?

Ark’thuim soupira. Son ami avait raison. Le besoin le poussait à accepter n’importe lequel des boulots. Ça n’était pas bon.

— Et le fait qu’il y en a deux, ça va être pire ! reprit Bregmanh. Je te le dis, je le vais le faire parce que tu t’es déjà engagé et qu’on est amis depuis longtemps, mais c’est la seule et unique fois que je vais animer une fête d’anniversaire !


Par ici pour le texte de Miki.


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