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Les nouvelles de la semaine débute par une phrase de Celle de X (merci !).

Nous avons la chance d’avoir une guest star. En effet, Amandine a gentiment accepté l’invitation à se prêter au jeu de l’écriture d’une nouvelle avec une phrase imposée (la même que Miki et moi) pour cette semaine seulement. Comme elle n’a pas de blog, vous pouvez trouver sa nouvelle ici :

https://comtedex.wordpress.com/2017/10/18/229-nmn2017-amandine/

De mon côté, je trouvait que la phrase de cette semaine partait sur un thème qui me semblait évident et j’ai voulu ne pas m’y diriger, histoire de sortir de ma zone de confort, comme on dit. Vous me direz ce que vous en avez pensé.


Elle tourna la clé dans la serrure et pénétra dans l’appartement. Elle sentit immédiatement que quelque chose ne tournait pas rond.

Était-ce l’odeur fleurie trop synthétique qui masquait difficilement celle du détergent ? Le sol qui brillait d’une manière bien trop ostensible ou l’entrée parfaitement ordonnée ?

Immédiatement, Katia sentit le coup fourré. Elle déposa les clefs dans la coupelle de l’entrée en refermant le plus silencieusement possible la porte — sans vraiment savoir pourquoi, puisqu’elle l’avait ouverte aussi bruyamment qu’à son habitude. La jeune femme, cherchant toujours à comprendre ce qu’il se passait, déposa toujours délicatement sa veste et son sac à main sur le porte-manteau puis se dirigea vers la pièce principale. Tout en avançant dans ce couloir de quelques mètres, elle réfléchit à tout ce qui pouvait expliquer ce qu’elle voyait. Pourquoi Romain aurait astiqué l’appartement ? Qu’avait-il fait qui nécessite ce genre d’effort ? Avait-il besoin de se faire pardonner quelque chose ? Il avait peut-être cassé un objet auquel Katia tenait énormément. Il était très maladroit et lui avait déjà cassé pas mal d’objets : quelques assiettes, deux trois vases et un miroir — et ils n’étaient ensemble que depuis un an et demi. Katia s’arrêta et ferma les yeux en bloquant sa respiration un instant, saisie d’une idée atroce. Pourvu que son petit ami n’ait pas expérimenté ses malheureux talents sur sa poupée en porcelaine, celle léguée par sa grand-mère à laquelle elle tenait tant. Lui ne l’avait jamais aimé, il la trouvait glauque avec son regard figé. Mais Romain n’était pas du genre à faire exprès de la casser. Il savait à quel point Katia pouvait l’aimer. C’était un souvenir important pour elle. Mais il était possible que, sans faire exprès, il l’ait fait tomber et qu’elle se soit cassée. Et il aurait fait tout le ménage et peut-être plus pour se faire pardonner ou au moins calmer sa réaction ? Pas impossible.

Reprenant sa marche, Katia vit apparaître sur la table basse de l’autre côté du salon, la poupée, intacte, dans sa position habituelle. La jeune femme soupira, soulagée.

Pourquoi, Diable, Romain avait-il tout nettoyé, alors ? D’ailleurs, où était Flocon ? Le chat de Katia venait toujours la voir quand elle rentrait, mais cette fois, elle n’était pas là. Il y avait eu un problème avec Flocon et c’est pour ça que Romain avait astiqué l’appart. Il avait tué Flocon et mis du sang partout. Ou pire, c’était un voisin que Romain avait tué dans l’appartement et il avait fait disparaître le corps et toute trace de sang ou preuve de l’acte. Mais qui aurait-il tué ? Le voisin qui aurait mis encore sa musique trop fort ? Non, cet abruti n’écoutait son rap à fond que le week-end très tôt le matin. La voisine du dessus qui marchait en talons aiguilles à 2 heures du mat’ ? Un des gosses d’à côté qui passaient leurs journées à courir et hurler à travers les murs trop fins ? Ça ne pouvait pas être ça. Katia avait quand même l’espoir d’avoir trouvé un garçon assez malin pour faire ça ailleurs que chez eux, s’il devait se débarrasser de quelqu’un. De toute façon, Romain n’était pas du genre à tuer des gens ni des animaux. Il était trop gentil pour faire quelque chose comme ça. Les mots de sa mère revinrent en tête de Katia : « Il faut toujours se méfier des gens aux airs trop gentils ». La jeune femme secoua la tête. C’était n’importe quoi ! Pourquoi Romain aurait tué quelqu’un, de toute façon ?

Et si c’était d’elle qu’il voulait se débarrasser ? D’abord, il nettoyait toute la maison du sol au plafond. Ensuite, il l’attendait, l’empoisonnait ou la gavait de somnifère à son insu, la découpait en morceaux et les jetait dans une rivière ou au fond d’une forêt. Il n’aurait plus qu’à repasser un coup de propre, ni vu ni connu. Quand la police viendrait chercher des preuves, il n’y aurait absolument plus rien d’elle. Peut-être quelques photos pour faire moins suspect. Mais pourquoi Romain voudrait la tuer ? C’était n’importe quoi. Ou alors il avait été endoctriné par une secte ? Katia secoua la tête. Il fallait qu’elle arrête de regarder des séries policières. Et de se faire des films, surtout.

« Romain ? T’es là ? demanda-t-elle finalement, un peu inquiète.

— Ouais ! J’suis là ! Dans la cuisine ! »

Le couloir n’avait jamais paru aussi long à Katia. Enfin, elle arriva dans le salon et se tourna vers la cuisine américaine. Il n’y avait personne.

« Romain ? »

Le jeune homme se releva de derrière le bar comme un diable serait sorti de sa boîte. Il était à moitié débraillé dans un vieux jogging, avait les cheveux en bataille, le regard fuyant.

Katia plissa les yeux. Elle le surprenait dans une situation un peu trop bizarre pour être honnête. Prise d’un nouveau doute, elle se dirigea vers la chambre. Son petit ami était-il en train de la tromper et essayait-il de masquer son méfait d’une façon aussi mauvaise ? Avec qui cela pouvait-il être ? De prime abord, Katia aurait pensé à cette vipère de Nathalie, la cheffe de bureau de Romain. Cette cougar était une grande perche toujours affublée de mini-jupes moulantes, de talons aiguilles et de décolletés plongeants. C’était le genre de femme à sauter sur — ou se faire sauter par — tout ce qui bouge et quoi de mieux qu’un jeune comme Romain, plein de vigueur et incapable de dire non à sa cheffe ? Non, c’était idiot. Si elle avait réussi à séduire Romain pour coucher avec, ils ne seraient pas venus jusqu’ici pour le faire. Non, ce devait être quelqu’un de la résidence. La voisine à talons du dessus, peut-être. Elle était plutôt pas mal. Il suffisait qu’elle soit descendue pour demander du sucre ou un truc dans le genre et prise d’une pulsion elle aurait sauté sur Romain pour l’embrasser et l’aurait déshabillé pour le traîner jusqu’à la chambre où ils auraient… Katia tressaillit à cette idée. En l’entendant rentrer, Romain se serait rhabillé du premier truc qu’il avait trouvé : son jogging bon à jeter, en espérant pouvoir occuper Katia suffisamment longtemps pour que la voisine quitte les lieux du crime en toute discrétion. Mais non ! C’était n’importe quoi ! L’appartement était complètement briqué. Ça ne collait pas avec cette affabulation. Et de toute façon, Katia avait une totale confiance en son petit-ami. Elle ouvrit quand même la porte de sa chambre pour vérifier qu’il n’y avait personne qui s’y cachait.

Flocon s’en échappa et tourna autour de sa maîtresse en ronronnant. Un instant bloquée par ce qu’elle voyait, Katia ne s’en rendit même pas compte.

La chambre était dans un état de rangement impeccable. Le lit n’avait jamais été aussi bien fait, comme dans un hôtel, la poussière avait disparu, les diverses affaires de l’un et de l’autre étaient hors de vue, sûrement dans les placards originellement prévus à cet effet.

Katia se retourna et vit que Romain avait une éponge à la main et astiquait le fond du placard du bar.

« Qu’est-ce qu’il se passe ici ? demanda-t-elle. C’est sympa de tout ranger et de tout nettoyer, mais j’aimerais bien savoir ce que tu as fait de grave pour essayer de te faire pardonner comme ça ! »

Son petit ami la regarda avec des yeux de merlan frit. Elle détestait quand il faisait ça, comme si elle ne parlait pas la même langue et qu’il ne comprenait rien. Il cherchait une excuse pour lui cacher la vérité. Il était en train d’inventer une histoire délirante, mais un minimum plausible, pour cacher un méfait vraisemblablement inavouable. Katia avait beau chercher, elle n’arrivait pas à savoir ce que c’était et, a priori, Romain n’était pas prêt à le lui dire.

« Tu vas me répondre ? s’exaspéra-t-elle.

— Je… non…

Ses épaules s’affaissèrent un peu. Il semblait embêté.

— Je ne peux rien dire, c’est une surprise. »

Katia éclata de rire. Tout d’un coup, son stress s’en allait et elle se demandait pour quelle raison elle avait bien pu se poser autant de questions. La journée au bureau avait été si chargée et longue qu’elle en avait oublié qu’aujourd’hui, c’était son anniversaire. Elle rit tellement à l’idée d’avoir oublié son propre anniversaire et face à son attitude, que Katia en eut des larmes. Romain semblait se détendre également. Il esquissait un sourire en demi-teinte, indiquant qu’il ne savait toujours pas s’il pouvait se réjouir complètement ou non. Il allait disparaître à nouveau dans son placard pour continuer à astiquer.

« Et alors, ce quoi cette surprise ? demanda Katia, en faisant les yeux doux à son petit-ami.

— Vraiment, c’est une surprise, je ne dois rien te dire, répondit le jeune homme, la tête déjà dans le meuble.

— Allez, c’est quoi ?

L’index sur tapotant son menton, Katia levait les yeux au ciel pour réfléchir.

— Si tu nettoies, c’est que ça se passe ici. T’as invité les copains pour faire la fête, c’est ça ? Y aura qui ? Caro, Alice, Mag ? Allez, sois sympa dis-moi, je ferais mine de pas savoir. “Oh ! Je suis tellement surprise de vous voir, les filles !” joua-t-elle faussement. Et puis, tu sais, elles vont pas venir vérifier au fond du placard pour voir si c’est propre. Je crois que tu en as fait suffisamment.

— J’ai promis de ne rien dire et c’est assez difficile donc, s’il te plaît, ne me demande pas.

— Roh, t’es pas drôle. Il va falloir que j’attende jusqu’à quelle heure ? Tu sais que je ne suis pas très patiente. Surtout pour mes cadeaux ! »

Face au silence de Romain, Katia fronça les sourcils et fit une grimace qu’il ne put voir. Elle partit vers la salle de bain :

« Si c’est ça, je vais prendre une douche. Ça me fera passer le temps.

Romain se releva en vitesse.

— Non ! Je viens de la nettoyer, dit-il d’un ton plus désespéré qu’autre chose. Elle est toute propre.

Katia s’énerva à nouveau.

— Mais c’est quoi le problème, à la fin ?? Les copains ne viennent pas pour se laver, ce soir, que je sache !! Tu n’as jamais nettoyé autant l’appart’. Pourquoi tu fais ça ? Le jour de mon anniversaire, en plus ? »

Au fur et à mesure qu’elle parlait, Katia réfléchissait. Quand était-ce la dernière fois qu’ils avaient fait cet appartement de fond en comble, avec autant d’ardeur ? C’était pour Nouvel An ? Non ! Noël. Et pourquoi ? Les souvenirs de Katia se déliaient au fur et à mesure des questions. Soudain, la réponse la frappa en plein visage. Comment n’avait-elle pas pu y penser ? Comment avait-elle pu oublier ?

Ses yeux s’écarquillèrent.

« Ne me dis pas que… »

Comme tous les types arrêtés dans les séries aux États-Unis, Romain préféra garder le silence pour éviter que cela puisse être utilisé par la suite contre lui, mais ce silence était tout aussi clair qu’un torrent de fausses excuses.

« Pourquoi !!  hurla presque Katia, exaspérée. C’est mon anniversaire ! C’est pas juste ! »

Elle s’affala dans le canapé, la tête en arrière, les yeux fixés sur le plafond. Elle n’avait pas envie. Cette soirée allait être un enfer.

« Je sais. J’avais réservé une table dans ton resto préféré en plus, mais j’ai été obligé d’annuler… »

Romain vint s’asseoir à côté de Katia, le regard dans le vague.

« Tu le sais depuis quand ?

— Elle m’a appelé il y a une deux heures, à peu près. Elle va me tuer si elle apprend que je n’ai pas tenu ma promesse. Je ne devais rien te dire… »

Katia n’avait pas envie de passer la soirée de son anniversaire à recevoir des critiques sur la façon dont elle tenait son appartement, sur le fait que les choses étaient si mal agencées, mal rangées, mal dépoussiérées, sur ce chat qui perdait ses poils et ramenait ses miasmes… Romain avait été traumatisé la fois précédente et il aurait préféré ne pas avoir à le revivre. Katia comprenait finalement bien son besoin si urgent d’astiquer l’appartement comme s’ils allaient recevoir le président de la République.

« J’ai pas envie, dit simplement Katia.

— Je sais, moi non plus. Mais ton anniversaire et ta mère veut te le fêter. »


Par ici pour le texte de Miki.


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