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Phrase donnée par Laure-Isabelle Lila

« Je préfère mes enfants.

— Même si j’ajoute ce magnifique petit singe des montagnes affectueux, docile, tatoué et vacciné ?

— Non merci, Monsieur. Je n’échangerai pas mes enfants contre ceux-là. Même s’ils ont l’air très bien élevés et très gentils, même si les miens m’énervent parfois, souvent, je préfère garder ce que je connais, plutôt que repartir à zéro avec une nouvelle progéniture.

— Je comprends cet attachement que vous pouvez avoir, c’est bien normal. Après tout ce temps que vous y avez investi, perdu même, parfois, ces nuits blanches, ces réveils difficiles, ces énervements, vous vous dites que si vous changez d’enfants maintenant, tout ceci aura été inutile. Je vous répondrai que non, Madame. Car, c’est pareil avec chaque enfant, les vôtres ou ceux-ci, l’investissement en temps et énergie aurait été le même, mais, et c’est là le bon point, en les échangeant aujourd’hui, vous repartez avec deux nouveaux enfants que vous découvrirai et qui ne vous énerveront pas à la première bêtise, puisque les études montrent que l’ont est plus patient dans les deux premières années avec l’enfant. Sans compter évidemment que les modèles, présentés ici, sont un peu plus jeune que les autres, ce qui vous permet de revivre la période où ils sont encore mignons mais déjà autonomes. Vous ne repartez pas de zéro puisque vous n’aurai pas, par exemple, de problème de couches. Ils sont déjà propres et pas de problèmes pour les nuits, ils les font déjà depuis longtemps.

La mère de famille se mordit la lèvre inférieure en plissant les yeux. Les arguments du vendeur étaient bons. Elle réfléchit à toutes les possibilités. Au départ, elle était surtout venue dans ce magasin d’échange pour faire peur à Billy et Bryan, après une semaine où ils avaient été particulièrement turbulents et désobéissants. À présent, elle se demandait si elle ne devrait pas les laisser ici et accepter l’échange avec les deux enfants que le vendeur lui proposait.

— Combien de langues parlent-ils ? demanda-t-elle.

— Pour l’instant, deux. Leur langue maternelle et la nôtre. Mais, ajouta le vendeur avant que la cliente potentielle n’ait le temps d’ajouter quoi que ce soit, ils sont génétiquement prêts à en apprendre six. Les deux sont assez similaires au niveau des prédispositions. On se dirigerait plutôt dans le médical, neurologie ou cardiologie.

Les yeux de la mère s’allumèrent. Il avait touché une corde sensible on dirait. Ses enfants en étaient à l’âge où tout est compliqué à l’école. Les deux modèles que le vendeur présentait auraient les mêmes problèmes au même âge, sans compter que malgré les prédispositions, l’éducation et l’attention apportés aux enfants jouaient énormément sur le déroulement des études supérieures. La génétique ne pouvait rien contre ça. Mais ça, il se garderait bien de le dire, comme à chaque vente. C’était écrit en tout petit dans les dernières pages du manuel, c’était de la responsabilité des acheteurs de le lire.

Il fallait qu’il continue dans cette lancé avec cette dame et l’affaire serait pliée dans les dix minutes.

— Et au niveau sportif ?

— Question importante, en effet, Madame. Celui-ci, dit le vendeur en posant une main sur la tête du plus grand des deux, sera plutôt dans les sports individuels du genre tennis. L’autre, plutôt sports collectifs.

La bouche de la dame bougea dans un réflexe de désappointement. Le vendeur se reprit rapidement.

— Ce ne sont que des prédispositions, rien n’est vraiment arrêté et vous pouvez très bien les mettre tous les deux dans la même académie sportive sans problème !

À cet instant, deux gamins assez mal fagotés arrivèrent en courant et en hurlant pour s’arrêter devant la dame et débiter nombre de phrases incompréhensibles mais l’instinct de la mère, ou plutôt l’habitude à gérer ces deux-là, la faisait comprendre. Elle les regarda un instant et, le vendeur savait que c’en était fini, les attrapa par le cou tous les deux pour les attirer vers elle. Ils tentèrent gentiment de se défaire de l’étreinte maternelle.

— Je vais garder les miens, finit-elle par dire. Malgré tout, je les aime. »

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