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Phrase donnée par Masque de Mort

En y repensant bien, toute la journée avait été normale.
Jim s’était levé aux aurores, enfin très tôt. Dans l’espace, cette expression n’avait plus vraiment de sens, à la vitesse à laquelle il tournait autour de la Terre, l’aurore était un moment qu’il voyait plusieurs fois par jour.
Après un petit déjeuner protéiné fait de produits lyophilisés et de pâte de plats qui n’avaient jamais dû exister sur Terre, Jim avait enfilé sa combinaison pour aller prendre son poste. Réserviste au poste de tir 152, il allait tous les mardis monter la garde. C’était un poste important parce qu’il nécessitait une vigilance de tous les instants et une capacité à tirer avec précision avec ces canons à ions de première génération. Un vaste programme de remise à niveau des armes de protections de la station orbitale était en cours depuis trois ans mais le nombre de canons à changer couplé aux graves problèmes financiers en bas laissait Jim à penser qu’il serait déjà en retraite que le poste 152 n’aurait toujours pas les nouveaux canons (Laser ou autres, suivant l’avancée des technologies).
Jim s’installant dans le siège encore chaud, Robert lui fit un rapide compte rendu de la nuit, calme. Rien d’inhabituel, avait-il dit. Jim connecta ses iEars sur le canal 32, la radio réservée aux militaires. Un message d’accueil lui souhaita la bienvenue.
« Ici Tour de contrôle, bonjour.
— Jim Morrison, en poste au 152. Activation de la tourelle.
— Activation confirmée. Nous vous souhaitons une belle journée, Jim. »
Il n’avait jamais su si cette voix appartenait à une vraie personne ou n’était qu’une synthèse vocale de plus. Jim appréciait sa vie mais il lui manquait de voir du monde. Des gens. Il n’avait d’interaction réelle qu’avec Robert qu’il relevait, Mitchell qui le relevait et David, son collègue de travail.
Jim, en dehors de sa journée réserviste hebdomadaire, était laveur de carreaux. Cinq jours sur les six restants, il sortait dans l’espace et nettoyait les immenses baies de la station. Évidemment, ils n’étaient pas que deux à faire ce job mais il ne voyait jamais les autres, chaque équipe ayant un secteur bien défini. Sa journée de temps libre, il n’avait pas suffisamment de crédits pour pouvoir aller s’amuser dans les différents dancing et bars de la station. C’était d’ailleurs pour ça qu’il s’était engagé dans la réserve à l’origine. Jim voulait juste arrondir ses fins de mois et voir du monde. Au fin fond du poste 152, on pouvait dire qu’il avait raté son coup sur tous les points. Il n’était payé qu’au nombre de cibles abattues. Et comme son canon n’était pas des plus précis et son poste pas très bien placé, il ne gagnait pas autant que ceux faces à la Lune. Au moins, Jim avait une vue sur la Terre dans l’angle gauche. Il se consolait en se disant qu’un jour, il irait vivre là-bas. Sur le sol. Depuis deux ans, il avait décidé d’économiser le fruit de ses primes pour pouvoir se payer le visa et le voyage.

14h37, la voix-off de la radio annonça une vague de vaisseaux ennemis en approche. Les habitants de la Lune essayaient souvent de passer à travers le maillage de stations orbitales pour atteindre l’atmosphère de la planète. Il y en avait bien quelques vaisseaux qui y parvenaient mais la plupart était détruite par Jim et ses camarades. Les quelques qui passaient devaient être détruits par la D.C.A. terrestre. Certains disaient que les Luniens étaient des extra-terrestres qui avaient installé un poste avancé sur le satellite terrien pour essayer de conquérir la planète bleue. D’autres racontaient que c’étaient des colonies terriennes qui avaient fait dissidence et tentaient de renverser le gouvernement terrien par des attaques répétées. Jim n’avait aucune idée de quelle histoire était la vraie et il s’en fichait. Tout ce qu’il voyait, c’était la prime qu’il touchait chaque fois qu’il abattait un vaisseau. Chaque prime qui le rapprochait un peu plus de la Terre.
Les combats furent âpres, comme chaque fois. Les canons à ions chauffèrent. Dans ses oreilles, Jim entendait les ordres, l’avancée de l’offensive et surtout le décompte officiel de ses cibles. Il espérait chaque fois pouvoir dépasser son record de onze — une fois où la rangée de poste de tir du front avait subi une avarie.

17h28, la fin de l’attaque fut officiellement prononcée. Le score de Jim se montait à sept vaisseaux abattus. « Félicitations ! » avait rajouté la voix-off.
La dernière demi-heure du tour de Jim passa très lentement. C’était toujours comme ça après une attaque. Le temps s’écoulait différemment.

Une fois Mitchell en place, Jim rentra chez lui, exténué mais content de pouvoir compter sur ces nouvelles primes.
Allongé sur son lit, suçant une ration de lapin à la moutarde qui n’avait jamais dû voir ni de lapin ni de moutarde, Jim regardait à la télé le reportage sur l’attaque, jalousant les postes les mieux placés et leurs primes.
Se préparant à dormir, Jim repensa à cette journée. Ça avait été une journée tout à fait normale.

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