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Phrase donnée par Utadah Bay

C’est l’anniversaire d’un événement non heureux.

Le huitième. Chaque année quand vient ce jour de l’année, je n’arrive pas à ne pas y penser. En fait, dès que les premiers vents glacés et les premières pluies d’automnes font tomber les feuilles déjà rouillées, je revois la scène, je la revis même. Je passe les jours qui me séparent de cette date fatidique à me morfondre, à réfléchir dans le vide, à rester là, entourée de mes amis, le regard lointain, n’écoutant leurs conversations que d’une oreille distraite, quand j’arrive à suffisamment me concentrer pour les écouter.

C’est bête, je le sais, mais je n’arrive pas à oublier. Pourtant ce n’est pas quelque chose d’affreux, comme la mort d’un parent, d’un proche, le déracinement de ma vie à cause d’un déménagement à l’autre bout du pays ou un traumatisme quelconque. En fait, ce n’est pas un événement triste. Juste non heureux.

Et pourtant, dans mon cœur, quelque chose me serre et m’oppresse, m’empêche de respirer correctement quand l’anniversaire s’approche et me laisse usée d’y avoir trop réfléchi, trop repensé une fois passée.

Comme chaque année depuis huit ans, je suis là, dans ce café, toujours à la même table, pour fêter seule cet anniversaire tout aussi non heureux que l’événement qu’il célèbre. J’ai plusieurs fois pensé à aller voir un psy, histoire d’en parler et de me sortir de ça, mais j’ai trop peur qu’il me fasse enfermer de focaliser sur quelque chose comme ça.

Encore là, j’y pense encore et encore. En fait, je pense plus au fait que j’y pense qu’autre chose. Je dois être folle, il n’y a pas d’autres explications.

Devant ma bière à réfléchir à la raison pour laquelle je réfléchis à quelque chose qui finalement n’est pas important et pourtant me pourrit la vie chaque année, je regarde dans le vide à travers la vitre quand quelqu’un s’assoit en face de moi.

Mon amie Caro me regarde tristement. D’un signe de tête, elle me fait comprendre que c’est l’heure. Comme chaque année, elle a organisé une petite fête pour me faire penser à autre chose, même si officiellement c’est pour garder contact avec les amis du lycée. Et comme chaque année, ça m’angoisse d’y aller.

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