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Phrase donnée par Masque de Mort

« Allo, Madame Wolkberg, ici l’Ambassade de Hongrie. Sauriez-vous actuellement comment nous pourrions entrer en contact avec votre mari ? »

La voix à l’autre bout du fil avait un léger accent. Hongrois peut-être mais elle ne pouvait pas l’affirmer. Pourquoi diable des gens de ce pays si éloigné voulaient contacter Nestor ? Inquiète, la dame, dans la cinquantaine bien avancée, demanda la raison de cette question.

— Nous avons reçu une demande de visa pour votre mari mais il nous manque une pièce au dossier, Madame.

— Je suis désolé, il n’est pas joignable pour le moment. Il est parti à la campagne il y a trois jours pour pêcher. Il n’a pas pris de téléphone avec lui et ne rentrera que dans quatre jours, normalement. Je peux lui dire de vous rappeler dès qu’il rentre.

— Vous ne savez pas où il est parti pêcher par hasard, Madame ?

Cette question parut beaucoup plus suspecte à madame Wolkberg. Si tout ça n’était qu’une question de paperasse, il n’était pas logique du tout qu’ils essaient de savoir sa position exacte.

— Non, je suis désolée, mais il ne m’a pas dit exactement où il allait.

— Très bien, Madame. Dans ce cas, nous rappellerons dans cinq jours. » La voix au téléphone remercia l’épouse dévouée avant de raccrocher.

Madame Wolkberg resta un instant le téléphone ne main. Cette histoire n’était pas claire et elle commençait à se méfier. Après une minute de réflexion, elle se dirigea directement dans la buanderie, empoigna le bac à linge sale et démonta le fond. Elle en tira un téléphone mobile chiffré démonté. Son mari lui avait dit qu’en cas de problème ou de situation très étrange, elle devrait l’appeler avec cet appareil. Insérant la puce puis la batterie, Madame Wolkberg dut attendre que la machine ne s’initialise. Elle se sentait stressée sans vraiment savoir pourquoi.

Soudain, elle entendit un fracas de verre et de bois. Elle comprit immédiatement que ses fenêtre et sa porte venait se voler en éclats. Que se passait-il. Était-ce une grenade qui avait fait ça ou une flopée de gars d’un groupe d’intervention venus s’occuper d’elle ? Cette journée commençait vraiment trop bizarrement pour elle.

Et ce satanée téléphone qui mettait trois plombes à se connecter aux satellites. La quinquagénaire se plaqua au sol. Son mari lui avait dit qu’une arme se trouvait en dessous de l’armoire. Elle mit quelques instants à la trouver. Le chargeur était à côté, garni. Elle entendait des pas furtif marcher sur les débris de verre et sûrement aussi de bibelots. Armant le pistolet, elle resta allongée visant la porte, prête à tirer sur qui que ce soit qui passerait devant.

Le téléphone afficha enfin s’être relié à un réseau. Madame Wolkberg appela le seul numéro préenregistré. Il avait plutôt intérêt à décrocher. Après tout si elle se trouvait dans cette position ridicule au fond de sa buanderie, c’était sa faute. Elle ne savait pas ce qu’il faisait exactement comme travail mais elle avait compris depuis très longtemps qu’il n’était pas contrôleur des impôts comme il lui avait dit à leur rencontre, mais elle savait qu’il baignait parfois dans des histoires étranges. Quelques fois déjà, elle avait eu des coups de téléphones sans queue ni tête, ressemblant plus à des messages codés, venant de différents consulat, département des télécoms ou de soi-disant démarcheurs tentant de vendre des encyclopédies sur l’histoire des armes à feu dans la Russie soviétique. Et la fois où il l’avait emmenée s’entraîner au tir aussi, alors qu’elle n’avait jamais tenu une arme de sa vie et qu’elle n’en avait jamais émis le désir. Mais ce qui l’avait confortée dans l’idée que son mari avait un métier très spécial fut la fois où il lui indiqua la position de ce pistolet et de ce téléphone chiffrée. Tout ça ne pouvait être anodin.

À présent, elle était là, à attendre de se faire tirer dessus par elle ne savait qui, même pas sûre que ce soit un Hongrois ou autre chose, alors que son mari était perdu dans la campagne, bien tranquille en train de pêcher.

Et il fallait combien de temps pour établir une communication avec cette antiquité ? Elle commençait à perdre patience. Enfin, la sonnerie retentit dans l’écouteur. Presque aussitôt, une sonnerie résonna dans la maison. Se pouvait-il que son mari ait laissé son téléphone d’urgence ici la seule fois que son épouse en eut besoin ? Madame Wolkberg soupira, lasse et résignée sur son sort. Elle sursauta, appuyant presque sur la détente de son arme par inadvertance, en entendant un coup de feu fort, une grosse arme, plutôt un fusil à pompe, de ce qu’elle en reconnaissait par rapport aux sons dans les films. Cette détonation fut suivie par le bruit d’un poids lourd qui s’écrase au sol.

Second, troisième, quatrième coup de feu.  Chaque fois suivi d’un fracas ou d’un corps qui tombe au sol.

Toujours aussi tendue sur son arme, madame Wolkberg s’attendait à voir passer quelqu’un devant sa porte d’un moment à l’autre. Ça ne tarda pas. Une silhouette passa devant l’embrasure mais fit immédiatement marche arrière en voyant la dame armée. Le réflexe fut bon puisque le coup de feu partit rapidement et la manqua de peut.

« Chérie ! Tu as déjà manqué de me faire tuer avec ton appel, tu vas pas me tirer dessus pour faire leur boulot, non ?

Son mari était là. Il allait devoir lui expliquer beaucoup de choses, s’il ne voulait pas dormir sur le canapé les prochains jours.

— Allez viens, il faut pas qu’on reste là ! annonça-t-il avant de tirer une nouvelle fois sur un assaillant. C’est bon, je crois que c’était le dernier !

— Tu as intérêt à m’expliquer le lien entre les Hongrois et tout ce bazar ! annonça madame Wolkberg en voyant son salon complétement dévasté.

— Pas de problème. Mais pour l’instant, tu as trois minutes pour prendre des affaires. Il faut qu’on se mette en sécurité. »

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