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Phrase donnée par Ambrose

Le soleil brille, mais pas ici.

Au plus profond de la croûte terrestre, là où la chaleur du noyau de la planète permet de n’avoir jamais froid, toute la lumière que nous recevons est artificielle. Ou créée par les vieux néons récupérés de la surface, ou fabriquée par des champignons modifiés génétiquement pour avoir des spores lumineuses. La lumière est alors comme irréelle, douce, vaporeuse, parce que les spores volent partout dans les airs. C’est peut-être la seule chose qui me fait encore m’émerveiller de ce monde.

Je suis un gardien de la lave. Mon travail consiste à creuser des galeries pour faire s’écouler le sang de la Terre correctement et empêcher qu’elle ne remonte à la surface.

Nos ancêtres ont tellement fait n’importe quoi avec leurs technologies foireuses et leur égoïsme collectif que maintenant, nous devons faire extrêmement attention à tout. La croûte terrestre est devenue extrêmement sèche et friable. La lave ne la déchire plus, elle l’enflamme comme un vieux morceau de tourbe séchée. Les eaux des mers sont déchaînées à cause des vents violents qui parcourent le globe sans cesse. Quand on me dit qu’avant, des navires pouvaient aller d’un continent à l’autre, et même faire le tour du monde, j’ai du mal à le concevoir. Une fois, bien à l’abri sur un des bunkers en hauteur, j’ai vu les vagues un jour qu’on m’avait donné comme calme. Les vents sont tellement forts que les vagues s’écrasent à plus de trente mètres du rivage, le sel se répand partout et brûle le sol, empêchant toute végétation de pousser.

Le seul avantage à ce vent infatigable, c’est que nous avons de l’énergie quasiment infinie grâce à nos parcs éoliens. Par contre, je plains vraiment les gars qui en font l’entretien. Je préférerais toujours être à ma place qu’à la leur. Avec leur combinaison lestée et leur fil d’Ariane pour les empêcher de se faire emporter par les bourrasques. J’ai connu un mec, les sécurités n’ont pas marché, il s’est envolé. On a retrouvé son cadavre à plus de trois cents kilomètres. À chaque instant, ils risquent de se faire transpercer par des déchets emportés par les airs. Le moindre bouchon de bouteille devient aussi dangereux qu’une balle de fusil. Merci les ancêtres d’avoir laisser traîner vos déchets n’importe comment. Au moins, au fond de mon trou, à part mourir d’asphyxie ou en tombant dans la lave, je n’ai pas de grands risques. Je pourrais devenir fou de vivre enfermé aussi, comme le vieux Nils, il y a quelques années. Le manque de lumière naturelle avait dit le doc. Vivre enfermé, ce n’est pas vraiment une vie. Quand on pense qu’avant, tout le monde pouvait vivre à la surface, ça fait rêver.

Quand je vois l’état du monde, je me demande encore pourquoi les gens continue de faire des gosses. À quoi bon mettre au monde des individus qui souffriront comme nous d’être sur cette planète devenue si inhospitalière.

Quand je me mets à trop réfléchir, je deviens morose. J’en viendrais presque à me laisser tomber dans la lave tellement je ne vois pas l’intérêt de continuer cette vie sans réel sens.

C’est en général dans ces moments qu’elle arrive de sa zone de travail pour déjeuner avec moi et bizarrement, toutes ces pensées maussades disparaissent devant le sourire et les yeux moqueurs de cette jolie fille.

Le soleil ne brille peut-être pas ici, mais avec Lucie à mes côtés, je n’en ai pas besoin.

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